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De l’idée à l’œuvre : les étapes de mon processus créatif

De l’idée à l’œuvre : les étapes de mon processus créatif

De l’idée à l’œuvre : les étapes de mon processus créatif

Créer une série d’œuvres vestimentaires entièrement à partir de matières récupérées demande une approche très différente de celle d’une collection de mode traditionnelle. Pour ce projet réalisé avec le Conseil des arts et des lettres du Québec, je ne pouvais pas simplement imaginer un vêtement, choisir un tissu et passer à la production. La matière devenait plutôt un point de départ : ses dimensions, sa texture, son tombé ou même ses imperfections pouvaient ouvrir une nouvelle piste créative et modifier l’idée initiale.

Au total, le projet s’est échelonné sur environ huit mois. Bien que je présente ici les différentes étapes dans un ordre précis, le processus a été beaucoup plus organique. Les étapes se sont constamment croisées : je suis revenue aux croquis, j’ai modifié certains patrons, expérimenté de nouvelles techniques et réorienté certaines pièces en fonction des matières découvertes en cours de route. Cette façon de travailler m’a amenée à créer autrement, en laissant une place importante à l’exploration et à l’imprévu.

1. Recherche et inspiration

La première étape a été consacrée à la recherche. J’ai exploré différentes approches du surcyclage, visionné de nombreux défilés et visité des musées afin d’alimenter ma réflexion et de préciser l’univers esthétique du projet.

Cette recherche ne s’est toutefois pas arrêtée au début du processus. Elle m’a accompagnée pendant les huit mois de création, me permettant de revoir certains choix, d’explorer de nouvelles avenues et de continuellement faire évoluer le projet.

2. Dessins et croquis

J’ai ensuite exploré différentes silhouettes à travers une multitude de croquis : hauts, pantalons, vestes, manteaux, jupes et même accessoires.

Parmi toutes ces propositions, j’ai sélectionné les silhouettes qui me semblaient les plus fortes et qui traduisaient le mieux l’élégance et l’univers que je souhaitais créer. Il fallait alors apprendre à imaginer le résultat final malgré l’absence de matières précises. J’ai finalement construit un assortiment cohérent, pensé comme une petite collection où chaque œuvre devait trouver sa place.

3. Recherche textile

La recherche des matières a rapidement pris une place centrale dans le projet. J’ai rencontré plusieurs designers montréalais afin de récupérer des retailles et des fins de rouleaux de grande qualité : laine, brocart, soie, cupro, tencel, dentelle, cuir et suède.

Certaines matières plus spécifiques ont été trouvées en friperie, notamment des chemises pour hommes en mauvais état, des textiles d’ameublement et divers éléments décoratifs. J’ai également lancé un appel aux dons sur Facebook, qui m’a permis de recueillir plusieurs bacs de tissus ainsi que des chemises usagées.

4. Tests et exploration

Cette phase m’a permis de transformer les idées en possibilités concrètes. J’ai réalisé des dizaines d’essais : peinture sur tissu, broderie, différentes techniques de patchwork, assemblage de retailles de cuir et de suède, et diverses façons de combiner les matières.

Certains essais ont été abandonnés, notamment la peinture sur tissu, qui ne correspondait pas au rendu luxueux recherché. D’autres techniques, comme le patchwork, sont devenues des éléments importants des œuvres finales.

C’est également à ce moment que j’ai commencé à associer les différentes matières aux croquis sélectionnés, en tenant compte de leur couleur, de leur texture et surtout de leur tombé.

5. Patrons et prototypes

Le développement des patrons s’est fait entièrement à la main. Pour chaque œuvre, j'ai réalisé plusieurs prototypes à partir de matières récupérées présentant un tombé similaire aux textiles finaux.

Cette étape a demandé de nombreux ajustements et essayages. Le défi était d’autant plus grand que, contrairement à une production traditionnelle, je devais souvent partir des matières disponibles avant même de finaliser le patron. Les pièces devaient donc s’adapter aux dimensions et aux caractéristiques des textiles récupérés.

6. Coupe

La coupe peut sembler simple, mais elle a été particulièrement minutieuse dans le cadre de ce projet. Il a fallu découdre certains vêtements, assembler de petites retailles pour créer de plus grandes surfaces et découper dans des produits existants afin de récupérer de petites composantes (des breloques, des ganses et des boutons par exemples). 

Une fois les textiles préparés, venait le moment de positionner les pièces du patron avec précision. Chaque morceau devait être utilisé judicieusement, en tenant compte de ses dimensions, de sa texture, de son motif et de son rôle dans la composition finale.

7. Production

La production a constitué une longue phase d’assemblage et de mise au point. Les techniques de patchwork ont ajouté de nombreux défis, notamment en ce qui concerne les différences de textures, de poids et de comportement des matières. Plusieurs corrections ont été nécessaires afin d’améliorer le tombé et d’obtenir le résultat souhaité.

8. Finitions

La finition est sans doute l’une de mes étapes préférées. C’est à ce moment que l’œuvre prend réellement sa forme finale.

J’ai intégré des boutons, rubans, ganses et breloques récupérés, créé des ceintures assorties et conçu certains sacs et bijoux à partir des retailles restantes. J’ai également ajusté les longueurs des vêtements, effectué les dernières corrections et réalisé le repassage final.

C’est à cette étape que tous les détails sont réunis et que je m’assure que chaque œuvre est cohérente, bien construite et élégante.

Au-delà d’une succession d’étapes, ce projet a donc été un processus d’adaptation constant. Les matières récupérées n’étaient pas simplement une contrainte : elles ont contribué à orienter la création et à donner à chaque œuvre son caractère unique.

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