Lorsqu'on imagine un vêtement, on pense souvent au produit fini : la coupe, la matière, la couleur ou encore la façon dont il sera porté. Pourtant, avant d'arriver entre les mains du consommateur, chaque vêtement génère une quantité importante de pertes textiles. Ces retailles, souvent invisibles pour le grand public, font pourtant partie intégrante du processus de création. Environ 15% du tissu acheté pour la fabrication des vêtements est perdu dès l'étape de coupe sous forme de retailles textiles. Bien que les retailles textiles soient inhérentes à la fabrication des vêtements, leur volume est amplifié par le rythme accéléré des cycles de production et la forte demande associée à la mode rapide.
Tout commence par l'achat des tissus. Lors de la conception d'une collection, les designers sélectionnent les matières qui donneront vie à leurs créations. Chaque modèle est souvent décliné dans plusieurs couleurs ou variantes, ce qui implique une planification minutieuse des quantités à commander. Comme personne ne souhaite manquer de tissu en cours de production, une marge de sécurité est toujours ajoutée aux achats. Cette précaution est essentielle, car les délais d'approvisionnement peuvent être longs et certains textiles deviennent parfois indisponibles avant même que la production ne soit terminée.
Une fois les tissus reçus, une étape souvent méconnue débute : le contrôle qualité. Malgré les standards de fabrication, les rouleaux de tissu peuvent présenter différents défauts tels que des trous, des taches, des déchirures ou encore des irrégularités de tissage. Dans bien des cas, ces imperfections sont absorbées par le designer. Les sections défectueuses doivent alors être mises de côté, générant déjà une première source de pertes.
Vient ensuite l'étape de la coupe. Pour transformer un rouleau de tissu en vêtement, il faut découper chacune des pièces qui composeront le modèle final. Même lorsque le placement des patrons est optimisé avec soin, il est presque impossible d'utiliser la totalité de la surface du tissu. Des espaces demeurent entre les pièces, créant inévitablement des chutes de tissu de différentes tailles. Donc, les retailles ne sont pas nécessairement le résultat d'une mauvaise planification. Cependant, lorsque la production est minimale, il est possible de les réduire considérablement.
Les pertes s'accumulent rapidement. Entre les sections défectueuses, les surplus commandés par précaution et les retailles issues de la coupe, une quantité considérable de matière demeure inutilisée. Dans les grandes entreprises, ces résidus textiles sont souvent jetés. Certaines petites entreprises tentent de leur donner une seconde vie en créant des accessoires, des sacs ou d'autres produits de plus petite taille. Malgré ces initiatives, une part importante de ces matières finit encore dans les déchets.
Face à cette réalité, j'ai eu envie d'explorer une autre façon de créer. C'est ainsi qu'est né mon projet créatif.
Depuis plusieurs années, je récupère des retailles de coupe, des fins de rouleaux et des surplus textiles provenant de différents designers et entreprises de mode. Des matières qui, autrement, auraient souvent été oubliées ou éliminées. À travers mes créations, je cherche à revaloriser ce qui est habituellement considéré comme un déchet et à démontrer qu'il est possible de créer autrement.
Chaque œuvre vestimentaire devient ainsi une réflexion sur notre rapport à la production et à la consommation. Elle nous invite à ralentir, à apprécier davantage le travail derrière chaque pièce et à privilégier une approche plus consciente de la mode.
Bien sûr, même dans une démarche de revalorisation, certaines chutes demeurent inévitables. C'est pourquoi le travail des entreprises spécialisées dans la récupération des rebuts textiles est si important. Revaloriser les matières existantes ne résoudra pas à elle seule les enjeux environnementaux de l'industrie de la mode. Cependant, chaque tissu détourné de l'enfouissement, chaque ressource utilisée plus longtemps et chaque achat effectué de manière réfléchie contribuent à remettre en question un modèle fondé sur le toujours plus. Peut-être que la véritable innovation ne consiste pas à produire davantage, mais à apprendre à mieux utiliser ce qui existe déjà.
Références :
Gouvernement du Québec, "Journée de l'environnement dans l'administration publique", 2026.
Gouvernement du Canada, "Government of Canada invests in Canadian innovators to reduce textile and plastic waste and promote circular economy", 2025.
Sustainability Directory, "How much pre-consumer textile waste is generated by the fast fashion sector annually?", 2026.
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